Depuis 2015, nous attendons le coup de fil magique qui fera de nous des parents. Petit topo sur les étapes clés d’un parcours d’amour.

Après un parcours compliqué et jalonné d’échecs en PMA, nous avons entamé les démarches pour adopter un enfant en France.

Une évidence pour nous qui avions déjà des projets d’adoption depuis le début de notre désir d’enfant.

C’est un sujet souvent délicat, avec un cortège d’idées reçues impressionnant. Je vais donc mettre (un peu) de côté le côté émotionnel et vous raconter aujourd’hui le côté plus administratif des choses.

Le sésame : l’agrément

Pour adopter, il faut obtenir l’agrément. C’est l’étape indispensable qui vous ouvre les portes d’un possible apparentement. L’agrément est délivré par le Conseil Départemental, et c’est donc au conseil départemental qu’il faut manifester son souhait.

Le premier contact est simple, c’est un courrier lambda dans lequel on exprime sa volonté d’adopter. Pas besoin de s’étendre sur le sujet ni de faire trois pages de rédaction du pourquoi du comment. Trois lignes formelles, le but c’est d’être convié à la première réunion d’information.

Attention : chaque département est en charge des demandes de ses résidents, et chaque département à sa propre tambouille. Réunions d’infos, fréquence des rdv, délais… ce sont des choses plus ou moins variables. La seule chose qui ne change pas c’est justement le fait de s’adresser au Conseil Départemental : eux-seuls pourront vous indiquer exactement leur procédure et leurs conditions.

Le service qui gère les adoptions est l’ASE (la DDASS n’existe plus) : Aide Sociale à l’Enfance.

La paperasse

Idée reçue très répandue : il faut douze millions de papiers et de justificatifs.

Réponse : non. Pas beaucoup plus que pour une ligne téléphonique. État Civil, justificatif de revenus, fiche d’impôts par exemple… Le casier judiciaire est vérifié. Un certificat médical est demandé et délivré par un médecin agréé du CD (parfois ça peut être aussi le médecin de famille). Nous avons eu un court entretien avec un médecin qui a pris notre tension, nous a demandé nos antécédents médicaux et grosso modo c’est tout (si elle nous a aussi demandé 50 euros et des brouettes, pas remboursés. Ce sont les seuls frais “administratifs” que nous avons “endurés”). Une photo aussi ! Rien de complexe, rien d’assommant, rien de couteux (lorsque l’on se cantonne à une adoption nationale, l’international c’est différent).

Vers l’agrément

Nous avons envoyé notre dossier en août 2015.

À la suite de ça, nous avons été convoqués à une deuxième réunion d’information, en décembre.

On nous a attribué une « équipe » : l’assistante sociale et la psychologue du CD qui seront chargées de nous évaluer pour l’agrément, et de nous suivre après.

Notre premier entretien été en janvier 2016 il me semble. Nous avons eu deux entretiens avec l’AS + un troisième à domicile, et deux entretiens avec la psy + 1 chacun. Il y a eu la fameuse pause de l’Homme qui a pris le temps de se remettre de son opération des ligaments de cheville abimée au ski (45 jours d’immobilisation sans appui : la joie dans son cœur), et puisque ça n’était pas assez il a enchaîné directement avec un décollement de rétine opéré dans la foulée du retrait de sa botte de cheville (la joie dans son cœur bis).

Du coup, les choses ont un peu trainouillées, et c’est en juin que nous avons terminé nos entretiens.

« Légalement », un agrément est délivré en 9 mois. C’est la théorie et certains départements y parviennent. En Gironde, on vous précise quand même que c’est compliqué : grand département, beaucoup de postulants, petites équipes, bah oui sinon c’est pas drôle.

Le nôtre est arrivé en septembre et sans la pause forcée de l’Homme, on aurait peut-être été dans les temps.

Sésame ouvre toi !

Pendant toute la durée de la procédure, les entretiens sont là pour vous cerner, vous connaître, vous évaluer, mais aussi vous aider dans votre cheminement vers votre enfant adoptif. On me dit souvent que c’est injuste, toutes ces évaluations, parce que plein de gens font des gosses sans en avoir les moyens, qu’ils soient financiers ou psychologiques… Ça peut paraître injuste, c’est vrai… Mais la parentalité adoptive, qu’on le veuille ou non, n’est pas une parentalité classique, et les enfants, même bébés, on vécu un traumatisme qu’aucun parent bio n’aura jamais a gérer… Alors oui, on dissèque un peu votre vie, mais on vous le répétera : tout est dans l’intérêt de l’enfant.

D’ailleurs, l’agrément n’est pas un « droit » à l’enfant. Il est sans garantie. Il ne signifie pas qu’on vous cherche un enfant. Il signifie que lorsqu’un enfant sera déclaré comme adoptable, vous ferez partie du champ des possibles dans la recherche de parents pour cet enfant spécifique.

Peut-être que Sésame ne s’ouvrira pas.

Avec la psy et l’AS, vous allez établir ensemble ce qu’on appelle une « notice » d’adoption. Alors oui c’est un mot très laid parce qu’on dirait un mode d’emploi. La notice c’est l’ensemble des caractéristiques spécifiques de l’enfant que vous êtes prêts à adopter. On est d’accord que si vous ne vous sentez pas capable d’élever un enfant sourd ou aveugle, vous ne ferez pas partie du fameux champ des possibles…? Les handicaps potentiels, les maladies, sont désignées par le terme « particularités ».

C’est un processus cruel, parce que vous allez avoir l’impression de vous fermer des portes, et parce que vous savez très bien qu’un enfant bio, vous l’auriez aimé même aveugle et sourd.

À l’origine, on était ouvert à quasi tout en partant de ce principe-là En termes de tranche d’âge jusqu’à 6 ans, et ok pour toutes particularités n’empêchant pas l’autonomie à l’âge adulte. Surdité, anagésie d’un membre, vih et toutes les joyeusetés qu’on ne souhaite à personne…

Et puis l’AS m’a dit « vous savez que vous pouvez vous autoriser à avoir un bébé ». Comme si les épreuves que nous avions traversées m’empêcher de me projeter à pouponner. J’ai dit « euuuh » elle a dit « si si ». OK.

Bref, à force de réflexion, et au vu de notre dossier, nous avons notre agrément pour un enfant « le plus jeune possible, toutes origines, en bonne santé ». Parce que oui, après des années de galère, un peu de sérénité c’est bien aussi. Même si la santé d’un jour n’est pas celle de demain.

En Gironde, les bébés pupilles nés sous le secret ne sont adoptés que par des couples sans enfant. Nous avons le profil type. Et si un jour on m’avait dit que j’avais un profil type pour quelque chose j’aurai bien rigolé.

4 ans se sont écoulés depuis notre dépôt de dossier. J’avais rédigé la première version de ce post le 1er mai 2017. À l’époque, les dossiers traités étaient de fin 2013. Nous espérons que le fameux coup de fil magique est pour bientôt. La moyenne dans notre département est de 5 ans d’attente depuis le dépôt de dossier.

Nous avons des entretiens réguliers avec notre équipe, c’est une réelle chance car tous les départements n’offrent pas cette possibilité. Nous continuons d’avancer, avec espoir, sur le chemin qui nous mènera à notre enfant.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas. Vous pouvez aussi consulter le site du gouvernement http://www.adoption.gouv.fr/, il parait que Laurent et Marisol nous accompagnent dans nos démarches 😉

yolooo